• Danielle. G. Pétrus

Les Choses Humaines, Karine Tuil

Jean et Claire Farel ont réussi leur vie. Lui est journaliste politique, il anime une célèbre émission à la télévision, elle, d’origine américaine est essayiste, engagée dans la cause féministe. Séparée, elle vit avec son amant Adam ; lui a des maîtresses et voit secrètement une femme qu’il a beaucoup aimée et qui sombre peu à peu dans la démence.

Une vie riche, très parisienne, dans les cercles du pouvoir. On pourrait presque mettre un visage aux personnages tant ils évoquent un certain microcosme.

























Et puis une « déflagration ». L’inimaginable vient éparpiller leur château de cartes. Leur fils, Alexandre, brillant étudiant, est accusé de viol par la fille d’Adam. Un engrenage infernal s’enclenche. Comment admettre que son enfant a commis un tel crime ? Dans la deuxième partie, Claire et Jean descendent de leur piédestal. Ils se heurtent à la machine judiciaire et se fragilisent malgré l’argent qui leur permet d’offrir la meilleure défense à leur fils.

Garde à vue, interrogatoire, contre-interrogatoire, confrontation... Chaque étape est une sidération. Alexandre est-il ce monstre ? N’est-ce pas plutôt une drague qui a mal tourné ? La victime, Mila, est-elle une affabulatrice ? Pourquoi n’a-t-elle pas déposé plainte tout de suite ? Sa mère n’aurait-elle pas monté cette affaire pour se venger d’Adam ?

On est en plein "Me Too", la culture du viol et la notion du consentement bousculent Claire dans ses engagements. Avec une écriture subtile, l’auteure nous fait vivre l’enfer de ces parents déboussolés. Le père, journaliste qui commence à passer de mode, redoute plus que tout le déshonneur.

Malgré tout, on peine à s’identifier à ces êtres englués dans les rets de la justice et de la médiatisation, cependant l’événement, tel un révélateur met à jour leurs secrets, leurs fragilités, leurs petites hontes, et les rend plus humains.

J’ai beaucoup aimé ce roman, la première partie un peu lente est compensée par l’enquête et le procès décrits avec minutie et sensibilité. Le personnage de Jean est juste agaçant, mais il parvient à nous inspirer de la pitié. Mila ancrée dans sa dénonciation témoigne dramatiquement des difficultés pour les femmes à être reconnues comme victimes.

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