• Danielle. G. Pétrus

Le Voyage de Marcel Grob de Philippe Collin et Sébastien Goethals chez Futuropolis

J’ai reçu ce roman graphique dans mes petits souliers et je l’ai lu le soir même. Le thème est très éloigné de mes univers, mais je ne lis pas que de la SFF.

Le sujet est grave : juin 1944, un jeune Français de 17 ans est enrôlé dans la Waffen SS.

J’ai d’abord beaucoup aimé la première de couverture. En une image elle dit tout : la troupe des SS dessinés de dos, déshumanisés, et un seul d'entre eux, tournant la tête et jetant un regard résigné vers le hors-champ. Il ne nous regarde pas, mais nous invite à le suivre dans son voyage intérieur.

La quatrième de couverture :

« 11 octobre 2009, Marcel Grob, 83 ans, se retrouve confronté à un juge d’instruction qui l’interroge sur son passé. Et plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où le jeune Français de 17 ans fut intégré à la Waffen SS comme 10 000 de ses camarades alsaciens. Mais Marcel était-il pris au piège des nazis, ou engagé volontaire ? Était-ce un « Malgré-nous », ou un criminel de guerre ? Le magistrat traque la vérité de ce passé trouble. Marcel Grob va devoir se replonger dans ses douloureux souvenirs, ceux d’un adolescent français forcé d’aller combattre en Italie au sein de la sinistre division Reichführer.

Pour prouver son innocence, Marcel commence alors le récit d’un long voyage dans la nuit. »

Marcel Grob était le grand-oncle de Philippe Collin, journaliste à France Inter, l’histoire était restée un secret de famille. Philippe Collin, lassé de ne pas avoir de réponses, avait pris de la distance avec Marcel Grob et ne s’était pas rendu à ses obsèques en 2009. En 2013, il découvre que son grand-oncle avait été un « Malgré-nous », enrôlé de force et contraint à participer à des massacres.

Le roman graphique prend alors une autre dimension.

Il est servi par le dessin noir et blanc de Sébastien Goethals, qui s’inscrit ainsi dans le passé et met en évidence les… zones grises de cette période. Oui, Marcel aurait pu déserter, refuser d’obéir… mais il avait 17 ans et une grande menace pesait sur les siens.

Le travail sur les regards sidérés et les visages las des « Malgré-nous », mieux qu’un long discours, guide le lecteur à travers le maelström de la période et des sentiments souvent ambigus des protagonistes.

Les auteurs ont jugé important de faire suivre le roman d’un dossier de l’historien Christian Ingrao afin d’informer sur la Waffen SS, l’enrôlement des « Malgré-nous » et leur participation aux massacres de masse.

Ce roman graphique bouleversant pose plus généralement des questions sur la perversité des totalitarismes passés ou actuels, intégrant les jeunes dans leurs armées ou leurs milices. N’est-ce pas la victoire suprême de faire combattre les vaincus aux côtés de leurs vainqueurs ?

Ce roman est une œuvre qui mérite d’être lue et étudiée dès le collège.


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